Panamá. Sur les traces d’Abya Yala.

             Panamá City. Fin de la descente de l’Amérique centrale. Nous avons fait l’impasse sur le Nicaragua et miser sur Panamá . Parfois, on gagne. Parfois, on perd…
Nous allons nous fourvoyer dans des rues sans âme, où les tours de verres se perdent au-delà du ciel, où les banques trônent leur cynisme sur tous les trottoirs, où tout s’achètent et tout se vend en dollars. Et peut-être que le seul point d’authenticité, ce sont toutes ces femmes Guna qui marchent dans la ville, visibles de loin, arborant des bracelets multicolores sur toute la longueur de leurs bras et de leurs jambes, et qui selon leurs croyances, protègent des mauvais esprits.
Nous sommes attirés par ces communautés Guna, par cette appellation d’Abya Yala qui a donné une partie de son nom à ce blog. Mais nous sommes seulement de passage, en attente de la Colombie, nous aurons juste le temps de discuter avec Jésus, un Guna exilé à la ville, afin de mieux comprendre ce terme mystérieux qui nous a poussé sur cette terre, un tant soit peu inhospitalière.

AbyaYala

             Abya Yala, le véritable nom du continent américain pour les Gunas. La culture Guna maintient qu’il y a eu quatre périodes historiques de la terre. À chaque étape, il y a eu un nom différent : Kualagum Yala, Tagargun Yala, Yala Tinya,, et au final ce sera Abya Yala. Dans le langage du peuple Kuna, Abya Yala signifie « terre en pleine maturité ».
Abya Yala est utilisé comme une auto-désignation du continent par les peuples indigènes, par opposition aux Amériques, dans le but de créer un sentiment d’unité et d’appartenance. Ce terme a été explicitement utilisé, pour la première fois, lors du Deuxième Sommet continental des peuples et nationalités indigènes d’Abya Yala, qui s’est tenue à Quito en 2004. En 2007, une coordination continentale des Nationalités et des Peuples autochtones d’Abya Yala se constitue avec l’objectif de créer une « liaison permanente où convergent les expériences et les propositions, pour lutter ensemble contre les politiques néolibérales de la mondialisation et pour la libération définitive des peuples frères, de la Terre Mère, de la terre, de l’eau et de tout le patrimoine naturel du bien vivre ».
Par cet autre lexique politique, les peuple autochtones configurent un nouveau système, car donner un nom propre à son environnement, c’est se l’approprier. Ainsi se forme un groupe groupe social, se définit un mode de vie, de sens jusqu’à devenir un territoire.
Une décolonisation de la pensée, mise en avant par le leader indigène aymara, Takir Mamani, qui a proposé que tous les peuples indigènes des Amériques nomment ainsi leurs terres d’origine, et utilisent cette dénomination dans leurs documents et leurs déclarations orales, arguant que « placer des noms étrangers sur nos villes, nos cités et nos continents équivaut à assujettir notre identité à la volonté de nos envahisseurs et de leurs héritiers. ».

abya yala IV

             Le peuple Guna a réussi à garder ses traditions ancestrales, tout en s’ouvrant à la modernité. Ils vivent aujourd’hui dans quarante-neuf communautés du Panamá et deux communautés en Colombie. La Comarca autonome de Guna Yala comprend un archipel de trois cent soixante-cinq îlots coralliens, dont seulement soixante sont habités et une bande de terre de 320.000 ha, le long de la côte caraïbe. En 1925, les Gunas font leur révolution, luttant contre les abus des policiers qui veulent éradiquer leur culture. Après des affrontements armés, ils obtiennent le statut d’autonomie politique au Panamá .La Comarca Guna Yala bénéficie aujourd’hui d’une certaine autonomie sur son territoire, avec ses propres lois et son Congrès Général.

             Les Gunas ou une gestion contrôlée du tourisme ? Est ce vraiment possible ? Alors que les îles San Blas se retrouvent sur tous les murs des hôtels, dans tous les guides de voyages, alors que des milliers de touristes débarquent en masse sur ces îles du bout du monde. Face à ces contacts répétés et intrusifs, leur culture se maintient vivante et authentique ? On ne le saura jamais ! Nous n’aurons ni le temps, ni l’énergie pour repartir à l’autre bout du pays pour juste quelques moment volés. Pas de plages paradisiaques pour nous. Trop impatients de retrouver la Colombie, et de se mêler, à nouveau, à ce peuple au bord de l’abîme et de la vie.
A Panamá City, nous avons eu juste le temps de percer le mystère du nom d’Abya Yala, et cela est en soi une consolation.

Cali, Colombie, 28 mai 2015.

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