Un petit tour dans une église et puis s’en vont.

         Atlapulco, au pied du volcan Nevada de Toluca. En route vers le premier festival mondial des résistances et des rébellions contre le capitalisme. Juan Dionicio accueille notre petite bande de français.

             Le village est en fête. La vierge est à l’honneur. On la promène juste avant qu’elle n’accouche de l’enfant Jésus. La chanson « Los pesces en el rio » s’élève dans les airs. Puis, on fait un petit tour dans les rues et on revient vers l’église. On entre en dernier pas franchement enchantés de faire une messe d’avant-noël. Soudain, la porte se ferme derrière nous. Une chaîne. Un cadenas. Impossible de sortir. Devant nous, trois files se forment. On se regarde partagé ente rire et incompréhension. Personne ne semble deviner notre embarras.
On se met sur la pointe des pieds. On ne voit rien. Il y a trop de monde. On comprend juste que la sortie est sur la droite après une petite porte. Mais, on est tellement loin. Et ces files qui n’avancent pas. Mais qu’est qu’il font ? On nage en plein surréalisme. Chacun fait ses propres supputations. Il faut passer devant la vierge et lui baiser les pieds ? Faire une génuflexion. ? Peut-être qu’il faut réciter une prière. Je m’en veux d’avoir séché les cours de catéchisme. Euh.. c’est comment déjà notre père qui est au cieux ? Je me souviens juste de la chanson des Têtes Raides : « Notre père qui est au cieux… restes y ! ». Mais je suis pas sûre que cela va plaire au curé. D’ailleurs, il est plus là. Il est sorti par la porte. Et si c’était un secuestro généralisé ????

Finalement, on avance. On se se rapproche et… RIEN !! NADA !!

La vierge, sur le côté, ne nous jette même pas un coup d’œil, superbement indifférente. Devant l’autel, on s’arrête devant une femme austère. Elle me fait signe de passer à droite. Je regarde qui me suit. Personne. La femme a bloqué mes petits camarades. Je regarde la porte avec inquiétude. Petit moment de solitude. Une envie de fuir loin. Très loin…
J’avance. Pas vraiment d’autres choix. Je suis le groupe devant moi. Je commence à ressentir la terreur de Dieu. On a beau ne pas y croire mais quand on se retrouve enfermés dans une église au fin fond du Mexique, on a soudain envie de faire appel à tous les Saints qui passent. Une vieille peur irrationnelle s’empare de vous. Peut-être qu’il va falloir se confesser ? Mais qu’est-ce que je vais pouvoir inventer? Par où je vais commencer ? C’est que j’ai des années de péchés derrière moi…
>On entre dans un petite chapelle. Sombre et angoissante. Il ne se passe toujours rien. C’est de plus en plus étrange. Mais c’est où la sortie nom de Dieu !!
Je me me dirige vers la porte du fond, des gens s’y agglutinent. Lorsque je m’approche, je distingue deux groupes de part et d’autre de la pièce. Je vais vers celui de gauche. A gauche toujours ! On me tend un sachet plastique. Je sors avec mon trésor dans les bras. La lune éclaire mon triomphe. J’ai réussi à sortir vivante de cette église. Alors qu’est-ce que j’ai gagné ? Une image de la vierge ? Un chapelet ? Pas du tout. C’est juste des fruits, des cacahuètes et quelques bonbons. Les autres sortent avec leur sachet. Aussi soulagés que moi d’être sortis de cette église sans fin. Clairement, dans notre petite bande de mécréants, on n’aime pas rester trop longtemps en tête à tête avec Dieu.

            Lorsqu’on demandera la raison de tout ce trafic à Juan Dionicio, il ne nous répondra pas vraiment. Un sourire au coin des lèvres signifiant « Quien sabe ». Il semble vouloir que le mystère reste entier. Il émettra juste l’hypothèse que c’est peut-être pour que les gens ne passent pas deux fois ! Mais peut-être que la vérité est ailleurs. Dieu seul le sait…

Boca del Cielo/La realidad, Chiapas, 22 janvier 2015.

 Spéciale dédicace à la chanteuse Lhasa, bien trop tôt disparue…

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